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Les poèmes de Michèle. Cours, nage, courage(28 octobre 2000)
Crier malgré le temps qui nous plisse les lèvres Coller un dos sanglant au mur de la cellule En conservant en soi la flamme de la fièvre Accuser d'un regard le bourreau qui nous brûle.
Chevaucher le cheval qui mène à la dérive Pour trouver un chemin que personne ne prend Presser contre son coeur le malheur qui arrive Ecouter sans la peur les cris que l'on entend.
Ouvrir toutes les portes aux tempêtes qui passent Laisser souffler chez soi le vent de déraison Ne pas être frileux en se couvrant la face Et laisser soulever le toit de sa maison.
Mourir de désespoir sur le quai d'une gare Et regarder partir son bonheur sans bouger Laisser choir sur le sol une vie qu'on sépare Sans casser la chaleur de ce qui l'a créée.
Dame l'été(15 septembre 2000)
Sur sa terrasse citronnée Couverte de l'herbe des champs Et des arums amidonnés L'été reposait indolent.
Dans l'humeur fraîche de la terre Où puisait la langue des fruits Se tortillaient deux ou trois vers Et une limace, sans bruit.
Les feuilles pendues pas la queue Montraient leurs nervures profondes Comme des mains implorant Dieu Ciselées sur leurs paumes rondes.
Dame l'été s'engourdissait Son bagage léger en main Elle allait quitter les bosquets Et les pelouses des jardins.
Dans les haies résonnaient encore Les cris et les chants des oiseaux On riait et on parlait fort L'automne pointait son museau.
Comme deux étourneaux(09 septembre 2000)
Comme deux étourneaux Dans un ciel embrasé On va s'élever haut Se laisser emporter
Puis plonger en rasant Les herbes de nos ailes Se poser un instant S'envoler de plus belle
La fumée sur les toits Sera une portée Pour les notes en joie De nos deux chants flûtés
Et quand sous la rougeur Donnant de l'ombre au nid Sonnera enfin l'heure De se mettre à l'abri
Nos coeurs chauds sous nos plumes Palpitants des excès Dormiront sous la brume De la nuit étouffée.
Au coeur de la Provence(28 août 2001)
Au coeur de la Provence Où naissent les parfums La chaleur est intense Et l'air vibre défunt
C'est à l'encre de chine Sur l'herbe calcinée Que les arbres dessinent Leurs ombres écrasées
Le versant balafré De la montagne veille Sur la vallée dorée Où les granges sommeillent
Mais dressée la lavande Frissonne à la chanson Du mistral qui gourmande L'éternel abandon
Quand enfin tout se tait Peut commencer la danse D'une étoile qui sait Mourir dans le silence
L'araignée amoureuse du papillon(15 avril 2000)
Dans sa toile nacrée Trop haute pour les hommes Vivait une araignée Poilue, noire et difforme
S'alimentant souvent De tout ce qui rêvasse Et les yeux observant Dès qu'une mouche passe
Toute en boule roulée Craignant sa découverte Les pattes repliées Elle gisait inerte
Ses toiles distendues Construisant le naufrage Des parcours défendus Et du vagabondage
Mais cependant l'amour Palpitait dans sa toile Elle rêvait d'un jour Où brillerait l'étoile
Qui la révèlerait Au papillon beauté Amant il frôlerait Toute sa volupté
Quand il se brûlerait Au seuil de sa prison Il s'y enflammerait Pour perdre la raison
En lui elle espérait Mais le beau papillon D'elle s'est libéré Méprisant l'illusion
Tapie dans ses fils gris Elle est la prisonnière La victime meurtrie Du papillon chimère
Si un jour vous voyez L'araignée amoureuse L'envie de l'écraser Vous paraîtra charmeuse
Mais c'est dans la poignée De cette intolérance Que la pauvre araignée Prendra sa délivrance
Car on a beau aimer Au delà de son âme Si on est araignée On ne reçoit qu'un blâme.
Michèle
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